mercredi 5 juillet 2017

Y a pas de héros dans ma famille ! - Jo Witek

Qu'elle est émouvante l’histoire de ce gamin partagé en deux.
Mo à la maison, une maison où on hurle, où la télé ne s'arrête jamais, où le langage ne dépasse jamais l'argot et le "parler jeune", une maison toujours pleine de gens, de cris et de bruits.
Maurice à l'école, premier de sa classe, posé, réfléchi et studieux.
Jusqu'à ce que ses deux mondes se télescopent, qu'il découvre qu'il y a des familles bien différentes de la sienne. Qu'il découvre, mais plus lentement, qu'on peut avoir très honte de la sienne et l'aimer quand même par dessus tout.
Une belle histoire aussi parce que cette famille si peu attirante au premier abord va se révéler extraordinaire. Le père d'abord, handicapé, galérant pour nourrir sa famille, mais si plein de tendresse, et tellement respectueux du fils "qui lit, qui étudie". Et tous les autres, qu'on va découvrir peu à peu.
Les déchirements de Mo-Maurice sont très finement présentés.
Et puis, il y a aussi une bien belle découverte des ancêtres, dans une famille où manifestement, jusque là, on n'avait jamais jugé utile de parler des grands-parents et aïeux. On voit ce que ça change.
Et des explications très simples sur les résistants, sur cet ancêtre qui était un jeune homme comme eux.
Une jolie réflexion sur ce que sont les héros, héros extraordinaires ou héros du quotidien.

J'ai juste un petit bémol (mais personnel) : Je lisais ce roman en pensant le proposer bientôt aux élèves de CM.
Mais dans notre village loin des cités, je crains que beaucoup d'enfants aient du mal avec le langage brut, avec ces frères et soeur vulgaires, je ne suis pas sûre que ce sera compris et adapté.
Pourtant, il s'agit bien il me semble d'un roman à destination des enfants. Même si les adolescents gagneraient probablement beaucoup à le lire.

Mon deuxième Jo Witek, après Un jour j'irais chercher mon prince en skate, et tout autant apprécié.

Extraits :

Incipit 
AVANT, MAURICE DAMBEK ET MO s’entendaient vachement bien. Avant, je pensais que tous les élèves de la classe de CM2 de Mme Rubiella étaient comme moi. Des mutants de dix ans avec deux vies et deux identités bien séparées. À l’école, des élèves avec un nom et un prénom sur leurs étiquettes de cahiers. Chez eux, des enfants affublés d’un petit surnom un peu bébé et bébête du genre doudou, minou, ma poupée, mon kéké. 
Moi, c’est Mo, mais c'est aussi, Tit'tête, mon chou et bouffon à lunettes.

***

J'ai insisté.
- Si je peux poser la question, m'man, c'est que je peux comprendre la réponse.

***

J'ai vraiment eu peur qu'il me cogne si je ne répondais pas. Mais d'un autre côté, je savais très bien que si je lui avouais que je le trouvais nul et paresseux, ça le rendrait dingue.

***

- J'ai arrêté l'école pour aider ma famille. Gagner des sous. Tu comprends, Mo ? Et aujourd'hui je travaille à la maison. C'est peut-être pas un vrai travail, mais pour moi, c'est important. Le plus important, même.

***

Avant, je pensais que les enfants du monde entier étaient comme moi. Des mini-humains qui deux fois par jour et cinq jours par semaine passent la frontière d'un pays à l'autre, le cartable sur le dos et le sourire en bandoulière. Avant, ma vie gambadait légèrement entre le monde de l'école et celui de la maison. J'étais heureux dans mes deux pays bien distincts avec des gens différents, des styles différents, une cuisine et une langue particulières.





Actes Sud Junior 2017 - 133 pages
Illustration de couverture : Olivier Tallec
Résumé Babelio

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