samedi 23 juillet 2016

Camping California - Arnaud Devillard

Éditeur : Le mot et le reste. 2014.
269 pages. Cote Dewey 917.3

Un livre assez surprenant à mon avis.
(J'ai ajouté quelques photos personnelles, ouvrir l'article pour les voir)

J'y entrais sans a priori, je ne connais pas du tout l'auteur, le livre m'est passé entre les mains à la bibliothèque.
Comme j'arrivais de Californie, je l'ai feuilleté, sans regarder la 4e de couv' selon mon habitude. Ayant vu qu'il parlait dans les premières pages de Mendocino, sans conteste le coup de coeur de mon voyage, je l'ai emprunté, pensant probablement ne lire que le début, correspondant aux  endroits que je connaissais. Parce que près de 300 pages sur les séquoias, et le camping, ça risquait de faire beaucoup.
Et bien pas du tout. J'ai eu grand plaisir à le lire jusqu'au bout.
Il s’agit d'un mélange assez improbable entre un carnet de voyage, et une chronique un peu ironique et impertinente sur les Américains (ou sur les Français aussi parfois). Assorti d'une belle découverte de la nature.

Un regret bien entendu : qu'il n'y ait pas de photos pour découvrir ce dont il parle.
Et aussi, pas de carte du parcours. (mais j'avais une carte routière de Californie Rand McNally, sur laquelle j'ai suivi pas à pas leur parcours)

En résumé, un livre sympathique pour découvrir avant un voyage, pour retrouver ensuite ce qu'on a vu, ou pour rêver à tout ce qu'on ne verra jamais. Pour partager une envie d'y aller aussi.
Je regrette de ne pas l'avoir découvert avant mon voyage car il nous parle de lieux pas forcément les plus connus, que j'aurais volontiers visités.

Extraits :

p. 19
Quand vous annoncez autour de vous que vous partez en Californie, vous obtenez généralement cette réponse :
" Ah oui ? Veinard, sea, sex and sun !
- Je vais dans le nord de la Californie.
- Tu vas à L.A. ? Tu vas voir les stars !
- Je veux voir les séquoias
- Et tu vas faire un peu de surf ?
- Au nord, l'été, c'est plutôt brumeux.


p. 26
je ne trouve rien de plus idiot que de partir en voyage pour une destination ou l'on se sentirait chez soi ; autant rester chez soi.

pp. 27 28
J'ai envie de m'arrêter toutes les dix minutes - le rythme auquel le décor change, surprend, dévoile une nouvelle subtilité. Le paysage a de faux airs d'Écosse, entre Bodega Bay et la Russia River, avec sa végétation grasse de littoral, ces collines herbeuses d'où émergent soudain quelque chaos rocheux et des moutons qui paissent dans les prés. Puis survient un enchaînement de steppes vides au sommet de falaise taillées au couperet. Avant des prés à vaches et des forêts.

p. 37
On avait coupé tous les vieux sequoias. À partir des années trente-quarante, Mendocino a commencé à péricliter. Avant de renaître comme petite ville pittoresque choyée par les artistes et les citadins en quête de calme, d'isolement, de résidences secondaires. Mendocino défend aujourd'hui encore cet état d'esprit. Notamment, paraît-il, en brouillant le signal des téléphones portables. Pas de supermarché, aucun motel ni restaurant ou commerce de chaîne.

Je gare la voiture sur Lansing Street dans le centre. Des cafés, des galeries d'art, des boutiques d'artisanat, L'étal d'un vendeur d'huîtres à l'unité, une banque dans un ancien temple maçonnique blanc - Surmontée d'une sculpture à deux personnages taillée dans un seul et même tronçon de séquoia. Cette artère en pente bruisse des allers et venues de visiteurs et de locaux. La ville a préservé un cachet indéniable, n'alignant sur son plan en damier que d'anciennes bâtisses de bois à château d'eau, certains reconvertis en habitations avec terrasse au sommet. Elle parvient à ne pas verser dans l'écomusée figé ni dans la guignolade attrape-touriste. Elle vit, tout bonnement.

Mendocino n'est qu'une petite bourgade de moins d'un millier d'habitants et nos pas nous mènent vite en bas de la rue. Main street. La rue n'est bordée de façades que d'un côté ; de l'autre, une prairie s'étire jusqu'aux falaises, ouvrant une vue panoramique sur les vagues grises et la côte découpée frappée de la lumière du soir.


Quelques photos à moi, puisqu’il n'y en a pas dans le livre.
Mendocino - Château d'eau habitation 

Mendocino Main Street

Mendocino, la rue d'un côté l'océan tout autour


p. 53
Le sol est tapissé d'une plante aux feuilles identiques à celles des chênes, regroupées par trois comme sur un trèfle. Elle forme des taillis denses, omniprésents, rare hôte de ces bois, avec les fougères, à cohabiter avec les séquoias. Et très dangereuse. Du "poison oak", le chêne empoisonné. À ne surtout pas toucher, à ne pas même effleurer. Il provoque de graves brûlures sur la peau.

p.57
En un siècle et demi, on a abattu en Californie quatre-vingt-seize pour cent des forêts de séquoias d'origine, qui s'étendaient jusqu'à Monterey et Big Sur. Des quatre pour cent encore debout, 80 % sont protégés dans des parcs et réserves naturelles, nationaux ou californiens.
Séquoias dans Armstrong Redwoods State Reserve



p. 62
On vient à Founder's Grove pour s'extasier sur un séquoia à terre, le Dyerville Giant. Vieux de mille six cents ans ans, large de cinq mètres et mesurant près de 113 mètres, il fut le plus grand arbre du monde


p. 107
Mais savez-vous quelle est la durée de visite moyenne d'un parc national ? Moins de quatre heure et demie.

p. 118
C'est simplement que dans ce pays, personne ne plaisante avec les règlements, administration comme administré. Les Américains suivent les règles, obéissent aux instructions, patientent sans soupirer et ne resquillent pas.

p. 232
Mais les flammes ne peuvent rien contre les séquoias géants. Leur écorce est si épaisse qu'elle forme une armure - y compris contre les parasites. Des arbres qui résistent au feu, qui l'eût cru ? Mieux, du feu dépend la survie des séquoias. La chaleur dilate les cônes, qui s'ouvrent et libèrent les graines contenues à l'intérieur.

p. 248
C'est-à-dire que marcher deux km et demi en terrain plat est considéré comme un effort suffisamment intense pour que l'on suppose que vous allez rentrer en voiture. L'option du demi-tour à pieds va si peu de soi que l'on prend soin de signifier aux visiteurs que la vue change s'ils marchent dans l'autre sens.

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