lundi 20 mars 2017

Huit saisons et des poussières - Séverine Vidal

Illustrations : Anne Montel
Editions : Les Incorruptibles 2015
1e édition : Les P'tits Bérets 2014
17 x 24 cm - 32 pages (np)
Sélection Prix des Incos 2015-2016
Résumé Babelio

Un album par sa présentation, grand livre souple très illustré, non paginé, autant d'images que de texte.
Mais un grand roman par son contenu !
Un vrai bijou que ce petit texte.
Je l'ai lu d'un trait, sitôt arrivé, puis relu. Mais j'ai du mal à en parler. il est si beau, si juste, qu'on ne peut rien en dire, juste conseiller de le lire.
Tout est juste, chaque situation, chaque phrase, chaque mot. Tout est suggéré plutôt qu'étalé, et j'avoue en finir chaque lecture en larmes.

Je reprends, pour une fois, le résumé :
"Le père d’Amos vient de rentrer à la maison, après un peu plus de deux ans de déportation. Huit saisons et des poussières. La famille s’habitue à son retour, doucement, en silence. À l’école, les autres se moquent, disent des horreurs. Alors Amos se bat, rentre de l’école en courant et se réfugie en haut de son arbre. « Si tu ne descends pas, c’est moi qui monte » lui ordonne son père. Commence alors la vie dans l’arbre."

Et je n'en dirai pas beaucoup plus.
Je voudrais tout de même
souligner un petit détail qui m'a frappée : le rôle de l'instituteur.
En une seule phrase, on devine qu'il met beaucoup d'intelligence pour aider Amos, face à ceux qui le tourmentent.
Quand on sort d'un autre court roman jeunesse (Baby-sittor) où au contraire, l’institutrice enfonce un peu plus l'héroïne dans son mal-être, ça fait du bien de rencontrer, même dans une fiction, des éducateurs intelligents.

J'ajouterais un côté plus personnel.
On parle ici d'une situation que je n'ai jamais connue. Mais le grand-père paternel de mes enfants a été, à la même époque, prisonnier cinq longues années en Allemagne. Quand je l'ai connu, il n'en parlait jamais, et même sa fille, qui a vécu ce difficile retour à la maison d'un père quasi inconnu, l'évoque assez rarement.
Mais c'est tout de même un élément important de l’histoire familiale, et je vais donc rapidement faire lire ce superbe petit roman à mes petits-enfants.

Décidément, lire Séverine Vidal, c'est toujours génial !!

Je remercie énormément les Incos pour ce cadeau inestimable. (Et au passage, je regrette que les classes de mes petits-enfants ne participent jamais aux Incorruptibles !)

Extraits :

[Incipit]
Depuis qu'il est rentré, le père d'Amos reste la plupart du temps assis dans le grand fauteuil du salon. Il pose ses mains sur ses cuisses et regarde droit devant lui. Il ne fait rien d'autre. Et surtout, il ne parle presque pas.
Il est là, c'est tout.

***

La mère a posé la main en haut de l'avant-bras de son mari. Un geste de protection, comme si elle voulait cacher le numéro tatoué, comme si elle voulait guérir une blessure.

***

C'était une journée compliquée. Une de celles qu'il raconte à son père avec un croquis, pour "mieux comprendre".

***







Et j'ajoute ici deux dessins qui ne sont pas issus du livre mais de travaux d’élèves autour du livre.
Je me permets de les mettre, car ils sont vraiment très beaux.





2 commentaires:

  1. quelle belle chronique ! MERCI infiniment !!

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  2. Merci à vous de nous offrir de si beaux textes :-)
    J'avais envie d'en dire beaucoup plus, mais ce serait tellement moins bien dit que ce que vous écrivez !!

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