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jeudi 10 juillet 2025

Hyper - Émilie Chazerand


 Encore un roman fort et prenant d'Émilie Chazerand. Ce ne sera cependant pas mon préféré, car malgré un humour toujours présent, la situation est si sombre.
Un peu trop triste pour moi, mais quel roman extraordinaire. Avec un tel final, c'est une thérapie à lui tout seul.

Difficile d'en dire plus. D'en dire plus que le résumé, qui en dit déjà trop ! (Heureusement, je les lis pour choisir mes lectures, mais je les oublie aussitôt !, je viens de le relire !)

Miriam est mal dans sa peau, mal dans vie, mal dans sa famille, qui se résume à une mère qui ne semble pas se soucier de son mal-être, et qu'elle voudrait détester.
Elle ne s'aime pas, on ne l'aime pas.
Son thérapeute est assez étrange, et elle y va un peu "à reculons". Mais il lui suggère un excellent conseil : écrire chaque jour son journal intime, pendant quatre semaines. Assorti d'un deuxième conseil tout aussi judicieux : un double journal, parce qu'elle sait bien que sa mère n'aura de cesse de le lire.
Et nous avons donc droit aux deux.
Celui tout sucre, tout faux, tout positif, ou presque. Pas trop quand même pour ne pas mettre la puce à l'oreille de sa lectrice.
Et l'autre, le vrai, bien caché, où elle essaie d'exorciser sa violence et sa détestation d'elle-même.

Résumé comme ça, ça pourrait être n'importe quel roman, drôle, loufoque, triste, réaliste. Mais c'est du très grand Chazerand. Qui va au tréfond des choses et des sentiments. Et c'est violent.

lundi 11 novembre 2024

Ne vois-tu rien venir ? Amélie Antoine

 
Un roman à lire absolument. 
Tant de monde en a déjà parlé, que je n'ajouterais que quelques commentaires personnels.
Je me suis forcée à le lire, presque à contrecœur car le sujet me perturbe énormément, et suivre l'évolution de cette relation horrible, en sachant qu'on n'y peut rien et comment ça va se terminer, m'a été très difficile.
Le roman, qui égrène cette relation hautement toxique mois après mois sur une année scolaire, est entrecoupé de témoignages, devant la police peut-on supposer, des personnes qui ont gravité autour d'Orlane et Sarah. 
D'où le titre, car aucune n'a rien vu venir. Alors que bien entendu, en tant que lecteur, c'est très facile de se dire qu'on voit venir la chute !
Il me semble que ce livre serait surtout à faire lire aux adultes, car on voit bien ici comme ils sont tous passé "à côté" de l'essentiel. Famille comme collège.
Il s'agit d'un roman important mais deux choses m'ont gênée.

L'une semble un petit détail de rien du tout, une phrase de quelques mots, probablement passée inaperçue de tous les commentaires, parce que le sujet ici, c'est le harcèlement.
Mais pour moi, c'est énorme, avec des conséquences qui peuvent être désastreuses.

lundi 3 septembre 2018

Coeur battant - Axl Cendres

Alors là, je dis  Chapeau !! je crois qu'il y a longtemps que je ne m'étais pas autant amusée.

Arriver à faire rire et sourire tout le long, près de 200 pages, (et pourtant, je n'étais guère d'humeur à ça) avec une histoire de suicidants, j’avoue que je n'y croyais pas.
Il y a de la veine de Paasilinna dans cette histoire, mais en plus fin, plus délicat et plus tendre.

Gros coup de coeur pour ce roman. Je ne sais comment remercier l'autrice de me l’avoir envoyé, je ne l'aurais peut être pas découvert sans cela et je regrette d'être jusque là passée à côté de ses autres romans.
Je n'ai ni tablette ni liseuse, je l'ai lu sur mon téléphone en deux jours, tellement intéressant que je ne l'ai pas lâché.

Je parle d'humour, mais il y a aussi de la réflexion, de la tendresse, de l'amitié, la naissance d 'un amour. Beaucoup de réflexion(s) même.
Et une bande-son très éclectique pour accompagner la lecture.

Alex, le narrateur, est un jeune ado qui ne souhaite plus vivre, parce que vivre c'est aimer, et qu'aimer, c'est prendre le risque de voir disparaître ceux qu'on aime.
Il se retrouve dans une clinique, avec un petit groupe d'autres suicidants, très disparate.
Quelques soignants essaient de les aider, on a envie de dire "les malheureux", tant tout ce qu'ils ont à proposer tombe constamment à côté, et finalement, on sourit déjà beaucoup face à ce que leur imposent leurs "patients".

Cinq d’entre eux décident de fuguer, pour un suicide collectif.
Et nous voilà embarqués avec eux dans un road movie improbable et hilarant.
Avec une vieille dame très tendre qui a un aphorisme pour chaque instant, une phrase qui fait réfléchir pour chaque situation.
Grâce à Jacopo, le richissime italien, leur fugue s'avère fort luxueuse quoique détonante.
Axel, tout en faisant tout doucement le deuil de sa mère, s'intègre à ce petit groupe qui, avec la certitude d'un but commun qui approche, se sent finalement comme libéré de ses démons.

Un texte extraordinaire à découvrir au plus vite.
Je pense que je n'oserais pas le conseiller à quelqu’un très dépressif (quoique ce serait sans doute une bonne idée) mais il est vraiment à lire par tous, à tout âge.

Il y a tellement de phrases intéressantes qu'on voudrait toutes les citer, je vais me contenter de quelques-unes.

Extraits :

 j’ai croisé Colette, la vieille dame élégante.
Elle m’a arrêté en m’attrapant par le coude, avant de chuchoter :
« Je sais que les jeunes sont avides de nouvelles expériences. Alors… si jamais un soir tu as envie de m’étouffer avec un oreiller pendant mon sommeil, n’hésite surtout pas ! »
J’ai pas su quoi répondre à ça.
« Je suis à la chambre 44 », elle a conclu avec un clin d’œil.
Bienvenue à la Clinique de la Citadelle. (p. 16)

***
Et pourquoi voulais-tu mourir ? »
« Parce que je n’aime pas le concept de la vie. »
« Tu peux préciser ? »
« On est programmés pour aimer les gens, et les gens sont programmés pour mourir. » (p. 20)

***
« Le soleil est louche », a déclaré Marianne, « c’est quand même bizarre qu’il ne se laisse pas regarder en face… Derrière toute sa lumière, le soleil cache quelque chose ! » (p. 68)

***
« Aaah, OK! Suffisait de le dire avec des phrases normales au lieu de vos photophores! »
« Métaphores », a corrigé Alice en allumant son briquet. (p. 88)

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Un enfant, ça se croit à l’abri du noir grâce à un ours en peluche ; et la fin de l’enfance, c’est comprendre que rien, absolument rien, ne vous protège du noir.

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« Pourquoi on creuse des trous dans la terre pour que les morts soient enterrés ? Ce serait tellement plus beau si on creusait des trous dans le ciel pour que les morts soient enciélés ! »

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Et merde, j'ai pensé. Parce que j'avais senti mon cœur battre. Ce foutu cœur que j'avais tout fait pour arrêter, il tapait vite et fort. Et j'ai compris ce que c'était : l'effet d'une réaction physiologique destinée à faire copuler deux individus d'une même espèce dans le but de se reproduire, ce truc que l'on appelle communément l'Amour. Je ne voulais pas de ça.

Prix Kezako de la littérature jeunesse 2019
Éditions Sarbacane 5/09/2018 NOUVEAUTÉ
Collection Exprim' - 192 pages
Lu en numérique.
Résumé Babelio