Difficile de juger un roman de 1906 à l'aune de nos lectures actuelles.
La plume de Galsworthy est vive et spirituelle, mais les descriptions, les ressentis, prennent beaucoup de place.
En outre, j'avoue que parfois, j'ignore à quoi il fait allusion, il me manque quelques codes. Des mots ou des situations qui me sont inconnus.
Ce qui ne m'a pas empêchée de suivre avec plaisir tous ces personnages. (Je me suis aidée d'un arbre généalogique, parce que la manie des grandes familles d'appeler toutes les génération des mêmes prénoms ...)
Il est sans arrêt question d'argent chez ces bourgeois, et quand ce n'est pas précisé, je ne sais pas si les sommes qui les perturbent sont trop élevées ou pas assez (en plus, avec le système monétaire britannique complexe !)
Mais que d'ironie, de réflexion sur la vie, la famille, la richesse, et aussi la nature, la beauté...
J'ai été surprise de voir qu'il n'y a apparemment que les éléments masculins qui assistent aux enterrements ? Quel que soit le niveau de parenté.
Est-ce une habitude des ces anciens temps, un usage anglais, ou juste cette famille ?
Je ne connaissais pas du tout la famille Forsyte (à part de nom, sans jamais avoir vu d'épisodes télévisés, ni le film, lequel a mon âge !).
Je comprends que cette saga autour d'une famille si typique et si atypique ait pu attirer énormément.
Mais j'ai du mal à imaginer qu'une série télévisée puisse rendre la richesse de la réflexion, de l'introspection et des sentiments de ces romans.
J'ai fortement regretté que la longue préface déflore bien trop le sujet, puisqu'elle s'attache à un évènement qui se passe aux trois quarts du roman.
J'aurais certainement apprécié de la lire APRÈS le roman, et non avant comme elle est présentée (j'aurais pu bien sûr, mais j'ignorais qu'elle allait en dévoiler autant, même si son analyse, intéressante, est assez surprenante car elle étudie une infime partie de l'histoire. Celle vers quoi converge le drame certes, et tout à fait dans l'air du temps (Galsworthy était étonnamment en avance sur le sujet traité) mais le roman est tout de même infiniment plus riche que ça.
Au final, un beau roman à déguster lentement.
Ce premier tome de la saga est suivi par une nouvelle (un interlude d'après l'auteur) "Dernier été" : Titre original : Indian Summer of a Forsyte (parfois parue en français sous le titre : L'Été de la Saint-Martin d'un Forsyte (paru en 1918).
Elle se passe en 1891 ou 1892 (d'après l'auteur !) environ quatre ans après la fin du premier tome.
C'est une excellente idée de l'avoir incluse ici.
Une nouvelle toute en douceur et en tendresse, très émouvante. Une belle conclusion au tome précédent, mettant en scène presque exclusivement le patriarche, au soir de sa vie, et la belle Irène.
Extraits :
Ils ne mouraient pas, la mort était contraire à leurs principes ;
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Cette affaire-là, comme il y avait travaillé ! Les hommes travaillaient pour de bon alors ! Ce n'était pas les jeunes gens d'aujourd'hui qui ne savent pas ce que le mot veut dire.
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une permanente et vigoureuse satisfaction d'avoir fait son chemin et bâti sa fortune ; et une intime conviction qu'un homme aussi distingué que lui n'aurait jamais dû être mis dans le cas de salir son esprit en travaillant.
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Ces jeunes personnes parlaient si vite et avalaient tellement les mots qu'il ne pouvait rien distinguer de ce qu'elles disaient.***
... toutes avec la même profusion de tulle aux épaules et sur la poitrine, car une fatalité voulaient qu'elles fussent maigres.
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Personne ne me dit jamais rien !
[répété sans cesse par James.
Private joke pour moi !]
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Peut-être n'y avait-il rien en ce monde qui l'excitât plus qu'un testament, cet acte suprême de propriété, cet inventaire final d'une fortune, cette évaluation définitive d'un homme.
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... pour former cette odeur unique - un peu celle d'un fromage supérieur - qui s'associe indissolublement à l'administration de justice britannique.
***
Dans l'interlude :
Quand on devient vieux, le monde entier conspire pour restreindre votre liberté, et pour quelle raison ? Simplement pour prolonger un peu l'existence. Il n'en voulait pas à ce prix.
Auteur : John Galsworthy - Prix Nobel de littérature 1932
Titre original : The Forsyte Saga - The Man of Property (1906)
Traduit de l'anglais par Camille Mayran
Préface d'Abnousse Shalmani (2026)
Première édition française : 1926
Éditeur : L'Archipel - 18 juin 2026
Collection : Archipoche classique - 480 p. - 10.50 €
Lu en numérique via NetGalley que je remercie.




