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mercredi 24 juin 2020

L'île de la mangrove rouge - Sarah Lark

1753. Quatorze ans après la fin de L'Île aux mille sources, nous revoici à Cascarilla Gardens, en Jamaïque, avant de partir pour Hispaniola (Saint Domingue et Haïti) avec un détour par les Îles Caïman.
Pas de monotonie dans les romans de Sarah Lark, la suite s'avère bien différente, même si certains thèmes demeurent.
Nous allons suivre pendant quatre ans de nouveaux personnages, mais bien entendu retrouver aussi les anciens.

Le personnage central est ici Deirdre / Dede, fille de Nora et Akwasi, mais qui a été élevée par sa mère et Doug son mari, sans jamais revoir son père.
Deirdre qui bien que métisse en un pays et une époque où il ne fait pas bon l'être, vit comme si elle était blanche, grâce à sa beauté et à l'influence de son beau-père.
Son mariage l'amène jusqu’en Hispaniola. Elle va côtoyer des pirates, dont nous partageons la vie quelques moments, des esclavagistes pire que ceux de son île natale, des "marrons", et même croiser François Macandal, personnage réel, à la fois sauveur d'esclaves, et illuminé vivant comme un gourou de secte si l'on en croit le roman.

Une fois de plus, je n'ai pas pu lâcher ce roman, et j'ai du mal à passer à autre chose, les personnages m’habitent encore.

mercredi 19 juin 2019

L'île aux mille sources - Sarah Lark

Après mon coup de coeur pour Les rives de la terre lointaine, j'étais impatiente de découvrir le nouveau roman de Sarah Lark. Et je n'ai pas été déçue.
Toujours cette écriture qu'on ne peut lâcher, quel que soit le thème. D'ailleurs je l'ai terminé en deux jours. Et comme prévu, je regrette à présent de l'avoir lu si vite et de devoir quitter Nora.
Encore une superbe figure de femme forte et attachante. Mais d'autres personnages sont aussi intéressants ici. Je voudrais vous parler de tous, des esclaves, des blancs odieux et de ceux qui voudraient que les noirs soient mieux traités, des hommes d’églises qui justifient toutes les exactions, des filles qui subissent tant d’horreurs, fragiles et fortes, des enfants aussi, et des "marrons" parfois appelés nègres marrons, et qui prennent ici une grande importance.

Ce roman est assez sombre, puisqu’on est au coeur de l’esclavage, des tortures, souvent subies pour de fausses raisons, de la maltraitance des si jeunes filles noires.
Mais il est éclairé par l'écriture prenante de Sarah Lark, par ses personnages attachants et par l'espoir qui les conduit.
Je découvre un nouveau coin de la planète dont j'ignorais tout. Après plusieurs romans, l'autrice quitte la Nouvelle-Zélande pour La Jamaïque.
A peine terminé mon périple en République Dominicaine (L’Américaine) me revoici dans les Antilles, mais au 18e siècle.

dimanche 10 mars 2019

Le bruissement du papier et des désirs - Sarah McCoy

Un  très beau coup de coeur.
Les mystères de l'écriture : Certains romans sont bien, agréables à lire, je les apprécie ; mais un petit nombre vous emportent par leur écriture, quel que soit le sujet, et sans que je puisse vraiment expliquer pourquoi j'ai tant aimé. Celui-ci en fait clairement partie.

J'avais beaucoup aimé la plume de Sarah McCoy dans Le souffle des feuilles et des promesses, (choisi un peu au hasard comme premier titre pour mon partenariat Michel Lafon). Je me réjouissais donc de la retrouver ici.
Et puis, j'ai lu le résumé : Marilla, ça me dit quelque chose... Île du Prince-Édouard, Matthew, ... mais, je ne rêve pas, il est question de la maison aux pignons verts ???
(Évidemment, si le titre original avait été conservé et traduit "Marilla of Green Gables" j'en aurais été certaine plus rapidement !)
J'ai découvert Anne il y a peu, juste un lustre que j'ai lu les 5 premiers tomes (merci à Florence qui les a rapporté des U.S.A., on les trouve difficilement en France) et je suis tombée sous le charme de la fillette, sa famille d'accueil, et cette île.
Il fallait donc absolument que je lise ce préquel.
Mais en même temps, j'étais inquiète de ne pas retrouver le monde et l'écriture de L.M. Montgomery.
J'ai donc commencé ma lecture un peu méfiante.

jeudi 8 février 2018

La porte du ciel - Dominique Fortier

Très partagée sur ce roman.
Il aborde plusieurs sujets qui m'ont bien intéressée :
- La vie dans le Sud des Etats-Unis au moment de la guerre de Sécession, vie des Blancs, opposés à l'Union, ou opposés à l’esclavage, vie des Noirs, esclaves ou presque.
- La relation entre deux enfants puis jeunes filles l'une blanche de bonne famille, l’autre métisse, qui aura un statut mal défini.
- la guerre de Sécession
- un aperçu du Ku Klux Klan
- L'histoire des courtepointes (que j'avais découvert dans le très beau roman de Tracy Chevalier La Dernière Fugitive )

Mais je n'ai pas réussi à m'attacher aux personnages, on saute des périodes, on passe dans le présent pour repartir dans le passé, je suis toujours un peu restée "à l'extérieur".

Pourtant, la vie de cette mère noire à qui on enlève un à un ses enfants est plus qu'émouvante.

lundi 16 octobre 2017

La dernière fugitive - Tracy Chevalier

Gros coup de coeur !
Après un avis en demi-teinte sur La jeune fille à la perle (il faut toujours que je me fasse remarquer !!) j'avais beaucoup apprécié L'Innocence. J'espérais donc ne pas être déçue par celui-ci, et bien au contraire, je l'ai encore plus aimé.

Dès le début, je me suis attachée à Honor, jeune Quaker quittant son petit coin d'Angleterre pour le Nouveau-Monde.
La découverte à la fois de l'Amérique du milieu du 19e, siècle, et des quakers dont je ne savais pas grand chose finalement.
L'importance des quilts dans leur vie est assez surprenante. On ne se déplace pas sans ces édredons plutôt encombrants, les amies en confectionnent en guise de souvenir, un mariage ne peut se concevoir sans en avoir un nombre conséquent.

Mais au-delà des difficultés familiales et d'intégration qui attendent Honor, elle va surtout se trouver confrontée à la question de l'esclavage.
En tant que quaker, elle ne peut l'admettre, et en tant que femme de coeur, elle se doit d'agir. Sauf que ... un quaker ne ment jamais, et comment concilier ces exigences, quand des hommes cherchent à piéger les esclaves enfuis, et s'adressent à elle pour les trouver.
Un roman passionnant, quelques figures de femmes qu'on n’oubliera pas de sitôt.

jeudi 13 juillet 2017

La Malle aux épices - Marc Hélias

Un roman très surprenant.
De la ville de Locronan à l'Isle de France en passant par le Dahomey, de l'Ankou breton aux rites vaudous, avec des négriers, des pirates, et beaucoup de meurtres en terre bretonne.
Un roman pas forcément réconfortant, parfois fort triste, mais très beau. Et malgré quelques maladresses de style,  une écriture qu'on ne lâche pas.
J'ai aimé la plaidoirie contre l'esclavage, rencontrer un commandant de navire au grand coeur, humain, et qui lutte à son échelle pour soulager les esclaves.
J'ai aimé la force de Jeanne, la douceur et la belle philosophie de son amie Femi. J'ai tout aimé chez Andria.
J'ai beaucoup moins aimé que la vengeance et les morts violentes semblent être inévitables et indispensables.
Mais au final, j'ai beaucoup aimé ce roman.

Extraits :

Qui te parle de l'Ankou ? N'évoque pas l'Ankou dans cette église ... dit fermement le curé Flanchec.

***

Sa surprise fut si grande qu'elle crut qu'il portait un masque tant l’aspect physique de cet homme lui était inconnu. Elle n'avait jamais vu de sa pauvre vie pareille peau. Elle était noire, comme cuivrée, et d'une grande beauté.


Editions : Coop Breizh 2008 - 233 pages

vendredi 9 juin 2017

Matins à Jalna - Jalna tome 2 - Mazo de La Roche

J'ai aimé lire ce 2e tome, toujours entraînant, varié, avec de l'humour.

Je n'ai pas réussi à trouver mention du traducteur,ce qui est curieux. Et j'ai été surprise car bien qu'il s'agisse d'une édition France-loisirs, qui ressemble beaucoup à celle du tome un, et de la même époque, plusieurs prénoms ont été modifiés (moins francisés). Souvent légèrement : Nicholas au lieu de Nicolas, Philip et plus Philippe. Mais Jacques est devenu James. Ça n'aide pas trop à suivre dans cette nombreuse famille !!

Ce tome commence au début de la guerre civile (guerre de sécession) américaine (1861) et se termine environ deux ans plus tard.

Quelques détails m’ont agacée (je sais, je chipote, j'aime bien lire cette série) :
Le parti-pris sur la guerre civile : Que les héros soient sudistes, d'accord, chacun son parti et ses convictions.
Mais ne présenter que le bon côté de l'esclavage : les Noirs aiment bien ça, ils ne voudraient quitter leurs maîtres pour rien au monde... ; et surtout ne montrer que ceux qui sont  - relativement - bien traités : femmes de chambres, cuisinières ... sans jamais parler  de tous ceux maltraités, de la vie dans les plantations, des maîtres durs et cruels, des séparations de famille, me parait un peu biaiser le propos. D’autant que bien qu'ancien, ce volume a tout de même été écrit en 1960, Un siècle et demi après cette guerre.

dimanche 22 mai 2016

Life is so good - Je suis né au Texas il y a 102 ans ...


George Dawson ; Richard Glaubman
Traduction : Bernard Blanc
Editions Libra Diffusion (Grands Caractères) 2001
394 pages

Quel superbe témoignage ! Un régal à lire ce bouquin.
J'ai aimé :
- Combien il est tonique et positif, même si sa vie n'a pas toujours été forcément gaie.
- La découverte d'un siècle de vie  en Amérique profonde. D’ailleurs au départ, c'est pour ça que je l'ai emprunté (j'arrivais d'un séjour en Californie).
Et vraiment, vu du coté noir, ça dépasse ce qu'on peut lire habituellement.
- Qu'il se passe tant de choses qu'on ne peut pas lâcher le livre. Pas une minute d'ennui.
Aucune monotonie, vue la vie bien remplie de notre centenaire.
On n'y croit pas forcément toujours à cent pour cent, mais pas grave, c'est passionnant.
Si le livre ne commençait pas par l'épisode du lynchage de son ami, sans aucun motif, je pense que je l'aurais donné à lire à mes petites-filles, on y apprend tellement.
De ce fait, j'attendrais un peu.

Je n'ai pas très bien compris pourquoi soudain, vers la fin, il se met à parler au passé simple. Bizarrerie de traduction ? Volonté de montrer qu'à présent qu'il sait lire, il parle différemment ?

J'ai regretté qu'il n'y ait pas de carte de l'Amérique du nord pour suivre un peu son périple. J'ai tracé son itinéraire sur l'ordi, mais pas toujours à portée pendant que je lis.

Je crois que mon passage préféré, même si j'ai aimé tout le livre, est sa brève incursion au Mexique.
D'abord surprise de la facilité de passer la frontière USA - Mexique dans les années 20.
Et puis, sa surprise à lui de découvrir que si près de chez lui, tout changeait : plus de wagon réservé, de fontaine à part, de restaurant interdit. On le considère comme un homme, plus comme quelque chose de transparent et non humain. C'est très étonnant.
"Jorge et moi, nous discutions à présent comme des gens normaux, même s'il était blanc et moi noir."

En conclusion, un livre à lire absolument, et si agréable à lire.

Ma note : 4,5/5


Extraits :

p 67
- Il vaudrait mieux qu'on rentre, dis-je.
- Pourquoi ? demanda Richard
- Vous voyez ce nuage, là ? C'est un cumulus bourgeonnant. On va avoir un gros orage.
- Il est tout seul, ton nuage, dit Sallie en rigolant. La météo annonce dix pour cent de chances de pluie. Je viens juste d'entendre le bulletin.
- Je vois le temps depuis un siècle; répliquai-je. Je sais ce que je vois.
Aujourd'hui, les gens allument la télévision pour savoir le temps qu'il fait, alors qu'il leur suffirait d'ouvrir la fenêtre et de mettre le nez dehors !


p 295
[Après que l'auteur qui l’interviewe lui ai montré le livre du Docteur Spock "L'Art d'être parents"]
- Fils, on n'apprend pas tout dans les livres. Le bon sens a encore de beaux jours devant lui. Elzenia et moi, on en avait à revendre ! Et on avait beaucoup d'amour aussi. Une famille a besoin d'amour pour bien fonctionner.


p 350
Les gens sont comme ça. Impossible de leur en vouloir de chercher à vous aider. Mais dans ce cas ils n'ont qu'à réserver leur bonne volonté à ceux qui en ont vraiment besoin. Moi, ça va. Ce n'est pas de ma faute si j'ai cent deux ans.


J'ajoute exceptionnellement la 4e de couv', je ne suis pas certaine que ce soit celle-ci qui apparaît sur Babelio :

George Dawson a 102 ans.
Lorsque tout petit déjà il cardait le coton, grand-mère Charity lui disait «George, je sais que tu n'en peux plus. Mais le président Lincoln ne nous a pas affranchis pour qu'on devienne paresseux. Il l'a fait pour qu'on travaille dur...»

Aujourd'hui, il vit seul à Dallas, marche sans canne, ne porte pas de lunettes et regrette seulement d'avoir oublié de faire renouveler son permis de conduire.
C'est bien la seule chose qu'il ait oublié de toute une vie qui a fini par se confondre avec l'histoire de l'Amérique et du XXe siècle.

Cela méritait bien un livre, mais George a dû travailler trop jeune pour pouvoir apprendre à lire et à écrire, même s'il a toujours tâché que personne ne s'en aperçoive, pas même ses enfants. À 98 ans enfin il a pris le chemin de l'école, et là encore il lui a fallu bosser dur. Avec l'aide de son ami Richard il a pu raconter ses mémoires qui valent tous les élixirs de jouvence.