mercredi 10 février 2021

Si tu vois le Wendigo - Christophe Lambert

Quel roman surprenant ! et tellement prenant !
Du fantastique, certes, mais plus encore une chronique douce-amère, pour finir sur un thriller époustouflant.

Difficile de parler de ce roman sans trop en dévoiler, notamment parce qu'il change d'atmosphère au fil des pages.
J'avoue l'avoir commencé sans enthousiasme : du fantastique, un monstre (je ne lis pas les 4es de couverture, mais je me suis renseignée sur ce Wendigo dont il me semble n'avoir jamais entendu parler auparavant !), un auteur connu en SF (et que je n'ai jamais lu) rien qui ne m'attirait vraiment.
Mais dès les premières pages, j'ai été totalement happée par l'ambiance.

Car même si le fantastique est effectivement bien présent, c'est avant tout la chronique de la vie d'un jeune ado, à la fin des années 50, dans un village du nord de l'Amérique. Qui n'est pas un peu amoureux d'un adulte à cet âge-là ? Un vrai ou sur papier glacé !

1959, David 15 ans, vit avec ses parents dans un lotissement un brin résidentiel de Mansford, entre Seattle et la frontière canadienne. Avec son inséparable copain, il joue aux cow-boys et construit des cabanes en forêt, mais il aime aussi écrire des nouvelles.
Et il deviendra écrivain. Car ce roman est écrit des années après cet été 59, on replonge dans le passé de David, et donc de temps en temps, on entrevoit ce qui se passera plus tard.

Le narrateur est juste un peu plus âgé que moi, et je retrouve l'ambiance de ces années-là.
Je ne sais si c'était la même en Amérique, mais il y a des souvenirs qui me parlent. (Pourtant l'auteur, lui, ne les a pas vécus, il est bien trop jeune !)
Etonnamment, ça m'a même ramenée à un souvenir que j'avais totalement oublié depuis plus de 60 ans !!
Quand le narrateur parle de dévisser le bouchon de la gourde pour y boire la grenadine, j'ai retrouvé le goût de ce sirop  tiède mêlé à celui du plastique, j'ai revu ma gourde, toute petite et ronde, alors que mes amies avaient des classiques plates. Une vraie madeleine de Proust, une sensation de retour dans ces années, alors que nous découvrions à peine avec ravissement le plastique, un grand progrès pour l'époque !
Et puis le Juke box, et Rock around the clock.
J'ai été un peu plus sceptique sur le fait que tous les gamins avaient leur période fans de dinosaures. Ou alors, c'est que c'est arrivé trèèès longtemps après dans ma province !

J'ai aimé aussi qu'il soit question de Thoreau et de son Walden ou la Vie dans les bois (J'étais partie à Boston  avec l'intention de le lire, un classique important, encore plus quand on est dans le Massachusetts, mais finalement, je ne me suis toujours pas décidée !!). On n'en parle pas souvent, même si Obama l'a mis dans ses favoris.

Au final, un roman que j'ai beaucoup aimé lire, malgré un peu de violence. Bien écrit, nostalgique, intéressant, de la douceur aussi, de l'humour, du suspens, de belles surprises, et plein d'autres choses que vous découvrirez en le lisant, il est très riche et parfois inattendu !
Mais je ne saurais pas dire pour quel âge je le conseille !

Qui en parle ?

Extraits :

En ce temps-là, les papas étaient des hommes solides, que rien n'ébranlait. Ils étaient le symbole d'un monde sûr, l'image même du pragmatisme, du bon sens yankee. Les mamans, elles, se devaient d'incarner la parfaite maîtresse de maison, enjouée et efficace. Les papas étaient des ours maladroits dans la cuisine et les mamans ne conduisaient pas très bien (elles avaient du mal, avec les créneaux), mais l'un et l'autre s'aimaient et ne doutaient jamais d'avoir fait le bon choix (le divorce n'existait pas, bien sûr). Tout ce petit monde croyait dur comme fer aux valeurs américaines. 

***
- À ta place, je ne ferais pas ça, a dit une petit voix provenant du côté gauche de la clairière. Sauf si tu veux vieillir de dix ans en dix secondes, évidemment...
J'ai tourné la tête et j'ai vu un lapin ! Un mignon petit lapin [...]
Il ressemblait à Panpan, le lapin de Bambi. Et, en plus, il avait la même voix !

***
Mais, comme l'a dit un grand sage (Confucius ? mon père ? Groucho Marx ?) : "Toutes les bonnes choses ont une fin" !


Éditeur : Syros -  11 février 2021  -  NOUVEAUTÉ
331 pages - 16.95 €




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