mercredi 4 avril 2018

Cendres de Marbella - Hervé Mestron

On s'y attache à ce jeune dealer qui ne rêve que de devenir clean, sans en prendre vraiment le chemin, malgré tous ses efforts.

Je connaissais mal Hervé Mestron, avant Le temps des râteaux. J'avais seulement lu, dans son abondante production, il y a plus d'une quinzaine d'années un polar du routard (Prise de bec au Québec) et en octobre Mystère au sous-sol.
Des ouvrages très variés donc, et en même temps, où l'on retrouve son empathie pour les gens mal dans leur peau, ou pas à leur place.

Quand j'ai reçu ce livre, j'avoue avoir un peu hésité, après avoir lu quelques pages pour me faire une idée.
Vraiment pas le genre de sujet que je lis habituellement, je continue ou pas ?

Et puis de page en page, je me suis comme je le disais attachée au personnage, et accrochée au texte.
Un langage assez inhabituel pour moi, mais un texte vraiment prenant, et très bien écrit.

"Ziz est un jeune homme intelligent, travailleur et ambitieux. Pas le genre à végéter dans sa routine professionnelle, mais plutôt à peaufiner un plan de carrière et à prendre les rênes de sa propre petite entreprise. Le problème, c’est que son milieu professionnel, c’est la dope. Le haschich, pour être précis. Et que les caïds qui tiennent son quartier ne sont pas forcément du genre à encourager l’innovation, et encore moins l’indépendance…"



Le texte est écrit à la première personne, et on entre dans la vie de Ziz, 15 ans, et qui n'a pas demandé à vivre là, ni de cette façon.
Mais c'est la seule chose qu'il puisse faire, alors, il essaie de la faire bien, d'être honnête dans son trafic, et rêve toujours d'en sortir un jour, quand il aura gagné assez d'argent pour passer à autre chose.
C'est beau, c'est poignant, on voudrait presque pouvoir l'aider ce petit gars.

Je remercie les Editions aNTIDATA, et M. Mestron, de m'avoir ainsi emmenée hors de mes lectures habituelles.

Extraits :

Incipit
C’est mort la cité pour le bizness. Tout le monde le sait mais personne ne veut comprendre. C’est plus là que ça se passe. Les mecs vivent sur les braises des années quatre-vingt-dix. À quoi reconnaît-on un cramé dans une cité ? À la capuche. L’épave embrigadée. Le naze profond qu’a pas muté. Dans les années quatre-vingt-dix, la capuche elle baisait ta mère, aujourd’hui elle fait marrer ton grand-père. Le rap sera bientôt de la danse baroque. Finie la révolte. Branches pourries. Décadence d’un mythe.

***
Elsa avait été une petite fille modèle et j'étais en train de l'aider à devenir une épave. Comme quoi dans la vie, les relations, c'est important.

***
Dans certains milieux, la délinquance n’est pas vécue comme une promotion négative. Quand tu nais dedans, tu ne vois rien d’autre et tu ne connais rien d’autre, et cela ne veut surtout pas dire que tu es malheureux. Voilà, c’est comme ça, tu ne te poses pas de questions parce qu’il n’y a pas lieu de t’en poser.

***
Elle doit sentir tout le vide qui me remplit, mon fric qui pue le neuf. Même quand je regarde ses fesses, j'y vois un sourire méprisant.

***
[À Marbella] Le videur à l'entrée de la boîte, c'est moins un physionomiste qu'un expert-comptable. Il sait exactement ce que tu as sur ton compte rien qu'au pli de ton futal.


Editions aNTIDATA 2017
Nouvelle - 78 pages - Format 10 x 17 cm
Résumé Babelio




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