samedi 13 janvier 2018

Ruby tête haute - Irène Cohen-Janca

Un album INDISPENSABLE.
Sur le même thème que l'excellent Sweet Sixteen d'Annelise Heurtier, mais pour les plus jeunes, et bien plus facile à lire puisqu’il s'agit d'un album.
Quarante pages, mais à droite c'est toujours une illustration pleine page.

J’avoue n’être pas fan des dessins, mais ils sont très parlants. (J'ai un peu honte car apparemment, tout le monde les trouve excellents :-/  Mais je n'arrive pas à les voir autrement. Cependant, oui, ils illustrent très bien l'histoire

Je regrette juste que l'album soit si grand je l'aurais volontiers offert autour de moi (les albums trop grands finissent en général sur l'étagère du haut, la seule où ils entrent, et du coup on les lit peu)
J'ai déjà réussi à le faire acheter à la bibliothèque alors qu'on achète très peu d'albums pour cet âge. Il  va d'ailleurs se retrouver au rayon ado, et c'est dommage.

Un début d’histoire contemporain et intéressant, j'aimerais bien que beaucoup d’enseignants s'en inspirent.
Chaque semaine, la maîtresse montre un tableau aux enfants, et leur demande ce qu’ils RESSENTENT en le regardant.
J'ai beaucoup aimé l'idée de ne pas commencer par expliquer, mais par ressentir.
Aujourd'hui, il s'agit de
"The problem we all live with" peint en 1964 par Norman Rockwell pour le magazine Look.




Après plusieurs hypothèses des enfants (chacun y voyant selon son caractère, ses désirs et ses craintes), après une nuit de réflexion pour la petite narratrice, impressionnée par cette image, l'institutrice leur raconte, en cédant en quelque sorte la parole à la fillette de 6 ans qu'était Ruby Bridges.
La vie, simple mais heureuse, avant de tenter "l'école pour les blancs", en 1960.
Puis, ségrégation, mise à l'écart totale, menaces. Le tout vu à travers les yeux de 6 ans.
Tout simple, tout net, indispensable comme je le disais au début.

Une grande page de dossier à la fin
Où l'on apprend que depuis 2011 (à l’occasion des 50 ans de Ruby Bridges) le tableau est exposé à la Maison-Blanche, à la demande de Barack Obama.
Je me demande ce qu'il en est à présent, en ces jours fous !

Les enfants, ce n'était pas il y a des siècles, ni au temps des dinosaures : Ruby a, à quelques années près, l'âge de vos grands-parents. (Elle est plus jeune que moi !)

Les plus grands pourront enchaîner sur l’excellentissime Sweet Sixteen, qui parle des premiers enfants noirs au lycée cette fois, trois ans plus tôt en 1957.

Extraits :

Le président des États-Unis et les lois disaient bien qu'il fallait que la ségrégation cesse, mais beaucoup de Blancs refusaient de vivre avec des Noirs.

***
Le 13 novembre 1960, jour de la rentrée, je me suis levée de bonne heure pour me préparer. J’ai mis ma plus belle robe, ma mère a soigneusement natté mes cheveux avec un joli ruban. 
Soudain on a sonné à la porte. Quatre officiers de police se tenait sur le seuil. Ils nous ont annoncé qu’ils venaient nous accompagner à l’école William Frantz et nous protéger. 
Sans poser de questions, nous sommes montées, ma mère et moi, dans leur grosse voiture noire. 
En quelques minutes, nous étions arrivés, et un étrange spectacle nous attendait. 
Juste en face de l’école, plein de gens, rassemblés sur le trottoir, tenaient des pancartes et hurlaient. 

***
Alors, tout d'un coup, il y a eu dans ma tête comme un bruit de tonnerre.
J'ai réalisé que tous les événements de l'année écoulée n’avaient qu'une raison : j'étais noire. Le problème, c'était moi.



Texte de Irène Cohen-Janca
Illustrations de Marc Daniau (à la manière de Norman Rockwell)
Les éditions des éléphants 2017 (avec Amnesty International)
25 x 34 cm - 40 pages (non paginé)
Résumé Babelio

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