samedi 6 juin 2026

Pas chez nous - Yaël Hassan

Ma 2000e chronique, comme la première de ce blog, sera bien sûr pour un roman de Yaël Hassan, et quel superbe roman !

Un très beau coup de coeur. Une fois de plus, je me suis laissé emporter par un roman de Yaël Hassan au point de ne pas le lâcher (alors que j'avais une autre lecture en cours).
Il est extraordinaire parce que, sur des sujets difficiles, il se lit très agréablement, donc destiné à tout public.
Ce n'est plus juste des faits divers, qu'on écoute ou lit avec plus ou moins d'indifférence, parce que les mauvaises nouvelles, c'est tous les jours. Ici, on côtoie ces personne, on entre dans leurs émotions... que ferons-nous à leur place ?

Un village français moyen, dans le Var mais il pourrait être n'importe où. On annonce l'installation d'un foyer pour migrants. Certains sont résolument contre, mais la plupart des habitants, comme partout, pensent que ça pourrait être une bonne idée, mais "Pas chez nous".
Une situation banale, qui va dégénérer.
Le Maire doit composer avec son propre avis, celui d'une population divisée, et surtout l'espoir de toujours agir au mieux de ses intérêts politiques personnels ! 

Mais c'est Amélie qui est au centre de l'histoire. Jeune ado, un peu rebelle (un pléonasme ?). Être la fille du maire, dans un village, n'est pas la position la plus confortable. Amélie, encore plus que les autres lycéennes, n'a qu'une idée, fuir. La rencontre avec Anton lui semble apporter tout ce qu'elle souhaite : amour, émancipation, liberté. Après tout, il a les mêmes idées que son père, qu'elle admire. Juste un peu plus extrêmes. 
Que peut contre cela Clara, sa sage amie, qui voit les dangers qu'elle court mais n'est pas de force à lutter ?

Je vous en ai déjà trop dit.
Ce court roman est passionnant, parce qu'il présente bien les différents avis, les raisons de chacun. Ce qui peut nous amener à passer outre nos opinions profondes aussi. Rien n'est simple et on suit avec plaisir et intérêt le cheminement d'Amélie, et son entourage si varié, des personnages si vrais, si quotidiens.
Issam, le jeune garçon si attachant, Clara et sa famille, les parents, couple à la fois uni et si opposé.
Et bien sûr, mon personnage préféré, Jeanine, l'admirable grand-mère 😄
Les positions, sans doute critiquables, mais pas si faciles, des politiques.
Et  l'adolescence au milieu de tout ça !

Un superbe roman, à lire et à faire lire absolument.

Note de l'autrice : 
Si tous les personnages de ce roman sont fictifs, l'histoire m'a été inspirée par des faits réels qui se sont déroulés, peu ou prou, tels que je les ai décrits. Et l'épilogue est vraiment très proche.

Je regrette énormément de n'avoir pas trouvé le temps de vous le partager plus tôt.
D'une part parce que je n'arrive jamais à donner la priorité aux livres que je m'offre pour le plaisir !
Je fais passer d'abord ceux des partenariats, puis ceux empruntés en bibliothèque, et le temps passe si vite.
D'autre part parce que ce roman est si bien écrit, si juste, allant à l'essentiel, qu'il m'était difficile d'en parler. Mes mots ne seront jamais à la hauteur de ceux de l'autrice.

Mais il est toujours d'actualité chaque fois que je le relis et, hélas, plus que jamais.

J'avais tenu, il y a dix ans, (déjà !) à commencer ce blog avec un roman de Yaël Hassan.
Je suis heureuse de lui consacrer ma 2000e chronique !!

Extraits : 

- Tu sortais avec un garçon qui arbore une croix gammée en guise de tatouage, alors que la famille de ta meilleure amie, de ta seule et unique amie, est juive.
Amélie hausse les épaules :
- Bah, et alors ? Je ne vois pas le rapport ! 

***
Finalement, elle l'a fait ! Un jour, après le collège, Anton a insisté pour l'emmener chez un pote à lui, son tatoueur qui officie sous le manteau moyennant quelques euros. Amélie était réticente. La pratique clandestine lui faisait peur. Ce n'est pas anodin, un tatouage. Alors, dans le dos de ses parents, et dans des conditions d'hygiène loin d'être optimales... Mais elle n'a pas pu résister longtemps à Anton. Il lui a dit que ce n'était rien d'autre qu'une preuve d'amour. Avec cette croix gammée, ils seraient liés à la vie  à la mort.

***

- Enfin, n'exagérons rien. Tout est calculé. Sache que, chez les politiques, rien n'est gratuit. Il pense certainement que ça va lui rapporter des voix, ou un avantage quelconque.

*** 
Je ne suis pas une intello comme toi, moi.
- Il ne faut pas être une intello pour lire ! rit Clara. Tiens, tu sais quel bouquin tu devrais aller emprunter ?
- Vas-y, dis toujours !
- The hate you give*.
- Quoi, tu veux que je lise un livre en anglais alors que je sais à peine lire en français ? geint son amie.
Clara éclate de rire.
- Mais non, seul le titre est en anglais. Mais sérieux, Amélie, lis ce roman. Moi, il m'a déchirée.
* The hate you give*, Angie Thomas, Nathan.

***
La bibliothécaire jeunesse, [...] s'était mise en quatre pour lui trouver des romans dans le même esprit. Et ils sont légion en littérature jeunesse.

Éditeur : Le Muscadier - 2022.
Collection : Rester Vivant (Une belle collection, pas assez connue, sur les problèmes de notre société.)
197 pages - 13.50 €


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